Le saumon est menacé par l'action de l'homme en Europe et en Amérique du Nord. Du fait du "homing", à chaque cours d'eau est associé une population autonome, qui cosntitue ainsi naturellement une unité de gestion.

Les grands principes de gestion du saumon atlantique

A l'échelle internationale

L'Organisation pour la Conservation du Saumon de l'Atlantique Nord (OCSAN) recommande une gestion des populations basée sur un point de référence biologique appelé limite de conservation (LC). Cette limite représente un niveauu seuil de reproducteurs en-dessous duquel la conservation d'une population est considérée comme menacée.

 A l'échelle nationale

Les mesures de gestion des populations appliquées au saumon atlantique sont définies à une échelle nationale. En France, elles sont élaborées par les COmités de GEstion des POissons MIgrateurs (COGEPOMIs) via les plans de gestion quinquennaux (PLAGEPOMIs) incluant les mesures de régulation de l'exploitation. Ces derniers doivent être conformes au plan de mise en oeuvre national des recommandations OCSAN, remis à jour tous les 6 ans.

A l'échelle de la Bretagne

La Bretagne est la région de France qui héberge le plus de populations de saumon atlantique (environ 25 rivières à saumon).

Depuis 1996, la régulation de l'exploitation repose sur la fixation conjointe d'une LC et d'un excédent prélevable pour chaque rivière. Ce dernier sert ensuite à dimensionner chaque année pour chaque rivière un Total Admissible de Capture (TAC). Le TAC correspond au nombre de reproducteurs potentiellement présents dans chaque population après avoir préservé la LC. Une période d'autorisation de la pêche encadre également l'exploitation. Si le TAC est atteint au cours de cette période, les autorités locales ferment la pêche de façon anticipée.

 

En Bretagne, une stratégie de gestion sans équivalent...

La mise en place d'un système de régulation en Bretagne a constitué une avancée très significative et pionnière dans le domaine de la gestion des populations de saumons en France. Il présente cependant certains défauts :

  1. Il focalise le débat entre les acteurs de la gestion sur l'exploitation (le dimensionnement des TAC) alors que l'OCSAN met clairement la priorité sur  la conservation.
  2. Il repose sur la définition de LC recommandée par l'OCSAN, qui est source d'ambiguïté voire de confusion.

...possédant cependant des points faibles

Cette définition fixe la LC à la quantité de reproducteurs permettant de maximiser en retour les captures potentielles, en moyenne sur le long terme. On admet aussi implicitement qur toute population peut supporter une exploitation durable, et que la maximisation de cette dernière vaut respect de la conservation. Mais par ailleurs, considérant que l'exploitation peut entrer en contradiction avec la conservation, l'OCSAN recommande de subordonner l'exploitation au respect de la conservation. Pour lever cette confusion, il convient de séparer maximisation d'une exploitation durable et respect de la conservation. Pour cela, il est proposé de revoir la définition des LC indépendamment de tout critère d'exploitation.

D'autres recommandations émises par l'OCSAN pourraient être mieux prises en compte qu'elles ne le sont dans le système de régulation de l'exploitation actuellement en vigueur en Bretagne :

  1. L'OCSAN recommande d'intégrer les incertitudes alors qu'elles sont pour l'essentiel ignorées dans la pratique actuelle de la gestion des populations bretonnes.
  2. L'OCSAN préconise que l'établissement des LC se fonde de préférence sur des données propres à chaque rivière. C'est déjà le cas pour les LC actuelles des populations bretonnes mais elles sont basées sur des données provenant principalement d'une rivière de référence, le Scorff, et l'ajustement aux spécificités de chaque rivière peut être amélioré.

Vers une redéfinition concertée des limites de conservation pour le saumon en Bretagne

Réunis au sein du pôle R&D sur les poissons migrateurs, l'AFB, l'INRA et l'UPPA ont décidé d'oeuvrer conjointement dans le cadre du projet RENOSAUM (Rénovation de la stratégie de gestion du saumon en Bretagne) pour définir de nouvelles LC pour les populations de saumon bretonnes. Le projet est mené en concertation avec les gestionnaires et les pêcheurs dans le cadre de groupes techniques du COGEPOMI. L'avanvement du projet est suivi par un comité réunissant l'INRA, l'AFB, BGM et Agrocampus-Rennes.

organigramme RENOSAUM

La méthode

Une définition simple : éviter les faibles recrutements

En cohérence avec les recommandations de l'OCSAN, les nouvelles LC proposées reposent sur une définition simple de la conservation : éviter les faibles recrutements.

Sachant que le recrutement varie fortement et aléatoirement, même en contrôlant le nombre de reproducteurs, un événement de faible recrutement peut toujours survenir. Les nouvelles LC seraient donc définies comme le nombre de géniteurs qui permet de maîtriser le risque d'un faible recrutement.

Cadre théorique

La mise en oeuvre pratique de cette nouvelle définition requiert tout d'abord de préciser la notion de faible recrutement. On propose de le faire en référence à la capacité d'accueil en juvéniles de saumons (tacons). Cette dernière représente le nombre moyen de tacons que pourrait au maximum produire un cours d'eau si le nombre de reproducteurs n'était jamais limitant (toujours très grand).

Il faut ensuite répondre à 2 questions :

  • A quelle proportion de la capacité d'accueil correspond un faible recrutement (75%, 50%, 25%, ...) ?

 faible recrutement

  • Quel niveau de risque (probabilité d'un événement annuel de faible recrutement) souhaite-t-on maîtriser (15%, 25%, 40%,...) ?

risque

A titre d'illustration , une LC reposant sur un choix de 50% de la capacité d'accueil avec un risque de 25% correspond au nombre de reproducteurs nécessaire pour s'assurer qu'un recrutement en tacons inférieur à la moitié de la capacité d'accueil se produit seulement une année sur quatre.

Application à la Bretagne

Ce cadre théorique a été appliqué aux 18 principales populations bretonnes de saumon atlantique à partir de l'ensemble des données disponibles relatives au stock reproducteur (captures, retours d'adultes si disponible) et au recrutement (indice d'abondance de juvéniles de l'année). Le stock est exprimé en quantité d'oeufs potentiellement pondus par les femelles et le recrutement en effectif de juvéniles de l'année. Pour faciliter la comparaison entre les rivières indépendamment de leur taille, les séries de stocks et de recrutement ont été standardisées pour chaque rivière par la surface en eau colonisable par le saumon et favorable à la production de juvéniles (exprimées en densité par unité de surface).

Le traitement statistique de ces données permet de prédire le recrutement en fonction du stock en prenant en compte les principales sources d'incertitudes (liées à l'estimation du stock et du recrutement, à la fluctuation aléatoire du recrutement et à l'étendue limitée dans le temps des séries de données disponibles). A partir de ces prédictions, on peut calculer, pour chaque rivière et pour un niveau de faible recrutement préalablement choisi, le risque de faible recrutement en fonction du stock reproducteur. A partir de ce calcul il est aisé de déterminé une LC correspondant à un niveau de risque fixé.

Application risque

Quelques résultats

Les relations stocks-recrutement

Pour un même stock reproducteur, la densité de juvéniles résultante a tendance à diminuer de l'ouest vers l'est de la Bretagne. L'Aulne fait exception à ce patron général avec des niveaux de recrutement très faibles en lien avec l'accumulation des seuils nuisant à la colonisation des surfaces de production disponibles.

Les nouvelles limites de conservation

Les nouvelles limites de conservation varient fortement en fonction du choix fait en matière de risque de faible recrutement. En revanche, elles varient peu entre rivières pour un choix donné. Cette faible variablitié contraste assez nettement avec celle plus élevée des LC actuelles. On notera en particulier que, contrairement aux LC actuelles qui abaissent les exigenes en matière de conservation pour les populations aux capacités de renouvellement les plus faibles (Aulne, Couesnon et Blavet), les nouvelles LC restent essentiellement inchangées dans ce cas.

 LC actuelles et nouvelles

Calendrier

Au sein du COGEPOMI Bretagne, les acteurs de la gestion ont validé le principe de définir les nouvelles LC comme une quantité de reproducteurs permettant de maîtriser le risque de faible recrutement. Le 1er semestre 2019 sera consacré à choisir la proportion de capacité d'accueil qui définit un faible recrutement ainsi que le niveau de risque que l'on souhaite maîtriser.

Ces choix faits, le travail se poursuivra au cours du 2nd semestre 2019 et en 2020 en proposant et évaluant des scénarii de gestion et de régulation de l'exploitation.

Pour en savoir plus sur la méthode des TAC : la lettre d'informations annuelle 6

Télécharger la version longue de cette note de synthèse

Le présent article a été élaboré dans le cadre d'un projet de recherche RENOSAUM porté par le pôle R&D AFB-INRA-UPPA-Agrocampus Ouest sur les poissons migrateurs. Il présente l'avancée du projet à la date du 31/12/2018 sur une proposition de définition des limites de conservation pour le saumon atlantique en Bretagne.

Le contenu de cet article n'est pas un document officiel du COGEPOMI.