Quelle est la conduite à tenir en cas de capture d'un saumon rose ?

Publié le 25 Septembre 2017 dans Actualités
Quelle est la conduite à tenir en cas de capture d'un saumon rose ?

Un saumon rose (Oncorhynchus gorbuscha) a été observé à la station de vidéo-comptage de Kerhamon sur l'Elorn début septembre. Un individu avait déjà été capturé fin août par un pêcheur sur la Canche (Pas de Calais).

 

 

Source : BEAULATON Laurent, JOSSET Quentin, BAGLINIÈRE Jean-Luc, 2017. Le saumon rose (Oncorhynchus gorbuscha, Walbaum, 1792). Pôle AFB-INRA Gest’Aqua. 9 pages

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Quelle est la conduite à tenir en cas de capture d'un saumon rose ?

 Même s'il apparaît possible d'un point de vue réglementaire de pratiquer le "no-kill", il paraît, par précaution, plus judicieux de conserver la prise pour confirmer l'identification de l'espèce et réaliser des mesures biométriques et des prélèvements.

 

A minima, il est souhaitable de faire remonter les informations liées à leur capture :

  • date et leu de capture (rivière, commune, lieu-dit);
  • longueur totale et poids de l'individu;
  • prélèvement d'une trentaine d'écailles réalisé 2 à 3 cm au-dessus de la ligne latérale, sur une diagonale formée entre l'arrière de la nageoire dorsale et l'avant de la nageoire anale.

Localisation de la zone de prélèvementdes écailles

 

Il est conseillé d'utiliser les formulaires de déclaration truite de mer du CNICS, disponibles chez tous les dépositaires d'assortiments migrateurs, en précisant "saumnon rose" pour éviter tout risque de confusion.

 

Exemple fictif d'une déclaration de capture d'un saumon rose

 

La déclaration peut être accompagnée d'une ou plusieurs photos permettant d'identifier formellement l'espèce. Elles peuvent être transmises par email à l'adresse du CNICS : cnics@afbiodiversite.fr

 

Dans ma mesure du possible, il est fortement conseillé de conserver la tête du poisson afin d'effectuer un prélèvement d'otolithes. La tête pourra être congelé et confié, dans le cas d'un particulier, aux services départementaux de l'Agence française pour la biodiversité, qui se chargeront de l'acheminer jusqu'au CNICS.

Pour connaître les coordonnées du service départemental de votre département

En savoir plus sur le saumon rose

Le saumon rose est un poisson migrateur amphihalin anadrome, c'est-à-dire qu'il vit habituellement en mer et remonte les cours d'eau pour s'y reproduire. Son cycle de vie se déroule en 2 ans dont 18 mois de vie en mer. Les adultes ont en moyenne une taille de 50 cm pour un poids moyen de 2 kg. La reproduction a lieu entre août et novembre, plutôt en aval des cours d'eau sur les zones de radiers, et les géniteurs meurent peu de temps après.

 

Quelle est l'origine de cette espèce ?

Le saumon rose est une des six espèces de saumon du Pacifique. Il colonise les côtes américaines et asiatique de l'océan Pacifique Nord. Suite aux changements climatiques, sa distribution s'étend de plus en plus dans les eaux de l'Arctique, naturellement côté canadien et partiellement aidé par des transplantations côté russe.

Comment cette espèce est arrivée en Europe ?

L'espèce a été accidentellement introduite sur la côte atlantique du Canada dans les années 50. En Europe, elle l'a été intentionnellement et avec succès à la même période par les russes pour le développement de la pêcherie dans les cours d'eau de la péninsule de Kola (mer de Barents). Le saumon rose a colonisé dès les années 60 la Norvège et l'Islande et les années suivantes, les tributaires de la mer Baltique, l'Ecosse, l'Angleterre et l'Irlande. 

 

Des reproductions ont depuis été recensées en Norvège et plus récemment en Ecosse. A l'heure actuelle, il n'existe que de petites poupaltions autonomes dans 11 rivières norvégiennes sur 400 rivières colonisées par cette espèce.

 

En 2017, l'espèce a été signalée dans de nombreux pays d'Europe du Nord, avec notamment une trentaine d'individus capturés en Irlande, une centaine au Royaume-Uni, et également en Finlande, Inslande, Danemark, Allemagne et en France.

Comment reconnaître le saumon rose en eau douce ?

Comme toutes les salmonidés, le saumon rose possède une nageoire adipeuse. Sa livrée en mer est blanche argentée, son dos noir avec des reflets verdâtres. Il a de très petites écailles et sa chair est rose vif.

Lors de sa migration en rivière, il développe de nombreux points noirs sur le dos et la queue Lorsque la période de reproduction se rapproche, le dos du mâle devient brun à noir et celui de la femelle vert olive avec des barres ou des tâches sombre, tandis que leur ventre reste blanc brillant. Le mâle présente des caractères sexuels secondaires :

  • présence d"une grosse bosse
  • élargissement de la tête
  • apparition de dents nuptiales sur les deux mâchoires et d'un bec à la mâchoire supérieure

Photographie du saumon rose capturé sur la Canche en août dernier (Source : FDAAPPMA 62)

 

Les juvéniles de saumons roses sont dépourvus de marques transversales sur les flancs, sont de très petite taille et ont une livrée blanchâtre dont la couleur argentée s'accentue lors de la migration vers la mer.

Quelles menaces potentielles sur la faune ?

Les risques sur la faune piscicole en général et les salmonidés en particulier semblent a priori faibles pour plusieurs raisons :

  • La période de reproduction du saumon rose se situe beaucoup plus tôt que celle du saumon atlantique et de la truite commune, d'août à novembre, et à des températures très basses ;
  • Sa reproduction a lieu essentiellement sur les parties basses des fleuves alors que le saumon atlantque et la truite se reproduisent surtout dans les parties amont des cours d'eau.

L'absence de co-existence dans l'espace et dans le temps éviterait toute compétition pour la reproduction. Néanmoins avec la présence d'bstacles à la migration sur les parties basses des cours d'eau, ces espèces pourraient alors se reproduire sur les mêmes zones. Les effets de surcreusement des frayères se feraient au détriment du saumon rose qui se reproduit plus tôt dans l'année.

 

Néanmoins, les connaissances sur l'écologie du saumon rose en Europe sont limitées, en particulier sur les cours d'eau récemment colonisées (Royaume-Uni, Irlande) dont les conditions naturelles diffèrent de celles des rivières du nord de l'Europe. Les capacités d'adaptation du saumon rose à ces nouvelles conditions ne peuvent ainsi être réellement prédites.