La lamproie fluviatile

La lamproie fluviatile (Lampetra fluviatilis) appartient à la famille des Petromyzonidés.

Les lamproies ne sont pas des poissons mais des agnathes. À la différence des poissons, elles possèdent 7 pores branchiaux circulaires alignés de chaque côté de la tête. De plus, les lamproies n'ont pas de mâchoire mais un disque buccal rond. il est garni de dents labiales cornées et pointues disposées en rangées concentriques et adapté à la succion. Leur corps anguilliforme présente une ou deux nageoires dorsales et ne possède pas de nageoires paires. L'unique nasopore central situé au-dessus de la tête a un rôle olfactif. La peau des lamproies fluviatiles, sans marbrure, est bleuâtre à vert-brun sur le dos et bronzée sur les flancs. Les individus mesurent de 20 à 50 cm.

Au stade adulte, la lamproie fluviatile ressemble beaucoup à la lamproie marine mais elle est de taille plus petite et ne présente pas de marbrures. Au stade juvénile, la comparaison des disques buccaux permet de différencier les deux espèces. Au stade larvaire, la distinction entre les 2 genres au stade larvaire n'est pas aisée pour un œil non averti. La pigmentation de l'extrémité de la nageoire caudale forme une sorte d'auréole pour la lamproie marine tandis que par transparence, on distingue une extrémité pigmentée pointue pour le genre Lampetra.

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Source : E. Lasne, Rencontres Migrateurs - LOGRAMI 2010

La diapositive n°7 de l'exposé d'E.Lasne des Rencontres Migrateurs organisées par LOGRAMI en 2010 illustre les différences visuelles entre les deux genres (Télécharger le diaporama ici).

Une confusion est également possible avec la lamproie de Planer (Lampetra planerii) dans les jeunes stades : cette dernière contrairement à la lamproie fluviatile, présente deux nageoires dorsales contiguës.

Biologie

D'après les études génétiques récentes, les lamproies fluviatiles seraient des formes migrantes de lamproies de Planer...

Par définition, deux êtres vivants capables de se reproduire entre eux et dont la descendance est fertile sont de la même espèce. Des croisements réalisés en laboratoire entre des lamproies de Planer et des lamproies fluviatiles mettent en évidence des taux de réussite élevés. Ces résultats montrent qu'il ne s'agit que d'une seule espèce mais de deux écotypes.

Télécharger le diaporama sur l'étude de l'évolution de l'anadromie chez les lamproies (Rougemont Q., Evanno G., Launey S., 2013)

Les études en cours cherchent à déterminer les différences génétiques entre les deux écotypes. La structure génétique des deux écotypes pourrait être influencée par la présence de barrages. En effet, lorsque des lamproies sont bloquées en aval d'un barrage en période de reproduction, les semences des fluviatiles et des Planer sont mélangées.

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Lamproie fluviatile observée sur le Couesnon (35)

Une partie des juvéniles du genre Lampetra se smoltifie au printemps et migre en mer pour leur croissance avant de revenir en eau douce pour se reproduire. La lamproie fuviatile est un poisson migrateur amphihalin potamotoque.

La reproduction a lieu en eau douce, de mars à mai, à des températures de 10 à 14°C, sur des zones courantes et caillouteuses dans les parties moyennes des cours d'eau. Elles creusent un nid de forme ovale (environ 40 cm de diamètre) en utilisant leur disque buccal pour déplacer les pierres et les cailloux tandis que le substrat de taille inférieure (sable, gravier, ...) est emporté par le courant lors de mouvements de leur corps. Les géniteurs meurent après la reproduction.

Les juvéniles de lamproies sont des larves dénommées ammocètes présentant la même silhouette que leurs parents dont les yeux et le disque buccal ne sont pas fonctionnels. Les larves gagnent les "lits d'ammocètes" après cinq jours et restent enfouies entre 3 à 6 ans dans les sédiments fins (sables, vases, limons , débris organiques). Elles ont un régime alimentaire filtreur et se nourrissent des micro-organismes contenus dans les sédiments.

La métamorphose a lieu entre juillet et octobre à une taille allant de 90 à 150 mm. Les sub-adultes argentés, bleuâtres et à l'extrémité caudale non pigmentée, dévalent la rivière la nuit de mars à juin pour rejoindre la mer.

La lamproie fluviatile mène en mer une vie parasitaire sur les poissons marins (aloses, éperlans, harengs, lieus jaunes, saumons, mulets). La croissance marine dure probablement entre 2,5 et 3 ans.

Evolution et aire de répartition

Des formes très proches des lamproies actuelles ont été retrouvées à l'état de fossile datant du Crétacé inférieur, c'est-à-dire il y a environ 130 millions d'années. Les premières formes de lamproies sont les ancêtres des vertébrés dans la phylogénie du règne animal. À titre de comparaison, Homo sapiens est apparu il y a 200 000 ans.

On considérait jusqu'alors que les lamproies étaient représentées par 3 espèces en Bretagne. Les études génétiques récentes tendent à démontrer qu'il ne s'agit en réalité que de 2 espèces de 2 genres différents : Petromizon et Lampetra.

La distribution actuelle de la lamproie fluviatile s'étend des rivières de l'Europe de l'Est et du Nord jusqu'aux côtes atlantiques portugaises et des mers Ligurienne et Tyrrhénienne. Il semble que les lamproies fluviatiles soient absentes des cours d'eau bretons.

Répartition LPF

Aire de répartition actuelle de la lamproie fluviatile en France métropolitaine (INPN - MNHN)

Etat des pouplations

La lamproie fluviatile est considérée comme vulérable au niveau européen et français. Elle figure à l'annexe III de la convention de Berne et l'annexe II de la Directive Habitats Faune-Flore. La responsabilité de la Bretagne pour la lamproie fluviatile a été évaluée comme très élevée (Observatoire de la biodiversité et du patrimoine naturel en Bretagne).

les données sur cette espèces sont rares et ne permettent d'évaluer son abondance et son aire de répartition.

Pressions et menaces

Les principales menaces concernent  :

  • L'interruption des axes de migration que ce soit en rivière avec la présence des barrages non aménagés et/ou en estuaire avec la présence de bouchons vaseux,
  • La dégradation générale de la qualité de l'eau et des habitats avec notamment une modification de la structure et de la fonctionnalité des haitats de reproduction (forte variabilité desdébits, dragage, rectification...) et des lits d'ammocètes (pollution des sédiments par les métaux lourds et les polluants organiques persistants).

Le changement climatique pourrait également renforcer les effets des menaces plus locales (modifications des régimes thermiques et hydrologiques) sur les conditions de migrations et le succès reproducteur.

Mesures relatives à la pêche

Dans le domaine maritime, aucune resrtriction législative ne s'applique aux captures de la lamproie fluviatile pour la pêche professionnelle, à l'exception de mesures locales d'interdiction de pêche pouvant les affecter directement.

Dans le domaine fluvial, il n'existe pas de réglementation propre à la pêche professionnelle de la lamproie fluviatile. L'utilisation d'engins de pêche est soumise à une réglementation qui varie selon les bassins versants et le statut des pêcheurs. La lamproie fluviatile ne fait l'objet d'une pêche amateur aux lignes. En Bretagne, une taille mimimale de capture, fixée à 20 cm, a été définie le Finistère et les Côtes-d'Armor.

Sources

Bensettiti F. Gaudillat V., 2004. Cahiers d'habitats Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d'intérêt communautaire. Tome 7. Espèces animales. La documentation française : 353 pages.

Germis G., Arago M-A., Levet L., Thouvenot E., Briand C., Baglinère J-L., 2013. Lamproie marine (Petromyzon marinus) et lamproie fluviatile (Lampetra fluviatilis) - Etat des lieux des poissons migrateurs et propositions de gestion - Plan de gestion des poissons migrateurs Betagne 2013-2017 : 160 pages.