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Catégorie : La lamproie marine

Description

 

Les lamproies marines (Petromyzon marinus Linné, 1758) sont de la famille des Petromizontidae, seule famille de l'ordre des Petromizontiformes dans la classe des Cephalaspidomorphi. Elles représentent le niveau le plus primitif des vertébrés et sont caractérisées par l'absence de mâchoire articulée. Les lamproies ne sont pas des poissons. Leur corps anguilliforme présente une ou deux nageoires dorsales. Elles ne possèdent pas de nageoires paires.

 

 

Croquis Lamproie marine

À la différence des poissons, les lamproies n'ont pas de mâchoire mais un disque buccal rond adapté à la succion. De plus, elles possèdent 7 pores branchiaux alignés sur les côtés de la tête. L'unique nasopore central situé au-dessus de la tête a un rôle olfactif. Leur peau marbrée est dépourvue d'écailles et sécrète du mucus.

 

Les lamproies fluviatiles mesurent de 20 à 50cm. Les lamproies marines atteignent une taille de 60cm à 1,20m selon les latitudes. En Bretagne, elles mesurent entre 0,80 et 1m à l'âge adulte.

 

 

 

Répartition et évolution

 

Des formes très proches des lamproies actuelles ont été retrouvées à l'état de fossile datant du Crétacé inférieur, c'est-à-dire il y a environ 130 millions d'années. Les premières formes de lamproies sont les ancêtres des vertébrés dans la phylogénie du règne animal. À titre de comparaison, Homo sapiens est apparu il y a 200 000 ans.

 

On considérait jusqu'alors que les lamproies étaient représentées par 3 espèces en Bretagne. Les études génétiques récentes tendent à démontrer qu'il ne s'agit en réalité que de 2 espèces de 2 genres différents : Petromizon et Lampetra. La lamproie fluviatile (Lampetra fluviatilis Linné, 1758) serait une forme migrante de la lamproie de Planer (Lampetra planeri Linné, 1758).

 

Il semble que les lamproies fluviatiles soient absentes des cours d'eau bretons. La présence de 2 individus est toutefois avérée sur le bassin du Couesnon depuis 2010 : des smolts y ont été capturés lors d'inventaires mais aucune frayère n'a à ce jour pu être observée (Source : Asconit / MNHN).

 

Les lamproies marines viennent se reproduire sur les bassins versants exempts d'obstacles migratoires. Certains fleuves demeurent inaccessibles pour cette espèce du fait des barrages infranchissables. Les lamproies n'ont en effet pas développé leur capacité à la nage ou au saut au fil des temps géologiques en raison de leur régime parasite à l'âge adulte, bénéficiant donc du transport "gratuit" par leur hôte.

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Biologie

 

Les 2 espèces de lamproies présentes en Europe naissent en eau douce. Les lamproies marines (genre Petromizon) migrent toutes en mer pour leur croissance et reviennent en eau douce pour se reproduire tandis que seulement une part des individus du genre Lampetra se smoltifie. Il s'agit de migrateurs amphihalins potamotoques qui réalisent leur migration anadrome de reproduction au début de l'été.

 

Les juvéniles de lamproies sont des larves dénommées ammocètes présentant la même silhouette que leurs parents dont les yeux et le disque buccal ne sont pas fonctionnels. Les ammocètes vivent enfouies dans les sédiments fins des cours d'eau et n'ont donc pas besoin de voir. Le disque buccal des larves ne deviendra fonctionnel qu'au stade adulte. Son double rôle alimentaire et de transport n'est pas utile lors de la vie enfouie des ammocètes. Il ne trouve son utilité qu'au stade de l'adulte parasite qui voyage "ventousé" à son hôte. Les ammocètes ont en revanche un régime alimentaire filtreur et se nourrissent d'éléments microscopiques de l'eau.

 

 

Distinction LPM-LPP

 

La distinction entre le genre Petromizon (Lamproie marine) et le genre Lampetra (Lamproie de Planer / fluviatile) au stade larvaire se fait au niveau de l'extrémité de la nageoire caudale.

 

(Source : E. Lasne, Rencontres Migrateurs - LOGRAMI 2010)

 

 

 

 

 

 

La diapositive n°7 de l'exposé d'E.Lasne des Rencontres Migrateurs organisées par LOGRAMI en 2010 illustre les différences visuelles entre les deux genres (Télécharger le diaporama ici).

 

La distinction entre les 2 genres au stade larvaire n'est pas aisée pour un œil non averti. La pigmentation de l'extrémité de la nageoire caudale forme une sorte d'aréole pour la lamproie marine tandis que par transparence, on distingue une extrémité pigmentée pointue pour le genre Lampetra.

 

La durée de la phase adulte est brève en comparaison de la phase larvaire. La reproduction mène systématiquement à la mort des géniteurs. Les lamproies sont donc des espèces semelpares strictes. Il semblerait en effet que la sénescence de leurs tissus serait programmée immédiatement après la reproduction.

 

La vie enfouie des ammocètes dure de 3 à 8 ans pour le genre Pétromizon et la dévalaison vers la mer de 4 à 10 mois tandis que la vie marine ne dure que 1,5 à 2,5 ans. Le genre Lampetra devient adulte pour se reproduire puis meurt.

 

 

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Cycle biologique des lamproies marines

(Source : BGM, Imagic, 2012)

 

La reproduction a lieu en juin/juillet en Bretagne. Les lamproies construisent leurs nids dans les zones courantes caillouteuses des fleuves. Elles utilisent leur disque buccal pour déplacer les pierres et les cailloux tandis que le substrat de taille inférieure (sable, gravier, ...) est emporté par le courant lors de mouvements de leur corps.

 

Le comportement de reproduction est composé d'un rituel que répète chaque individu avant l'expulsion des cellules sexuelles dans l'eau. Le mâle reconnaissable au bourrelet dorsal effleure la femelle, et, une fois côte à côte, l'entoure tout en pressant sur son ventre. Cette gestuelle a pour objectif d'expulser les œufs.

 

Les gestes de ces couples transmis de génération en génération depuis des millénaires sont observables dans l'animation ci-dessous (Source : R. Sabatié) :

 

 

 

Les œufs éclosent au bout de 10-15 jours selon les conditions de milieu (température, ...) pour donner des pré-larves puis des larves ammocètes qui demeureront plusieurs années dans les zones sableuses des cours d'eau.

 

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Habitat

Les habitats du stade adulte et du stade larvaire sont distincts. Les ammocètes ont en effet une vie enfouie tandis que les adultes sont rarement libres mais le plus souvent fixés à leur hôte. Une fois fixées, les lamproies bénéficient à la fois d'une alimentation disponible en permanence et sont transportées sans dépenser d'énergie grâce à leur puissante ventouse buccale.

 

Illustration habitat ammocète Lamproie marine fixée à une alose

Zones favorables

à la croissance des ammocètes

(Source : E. Lasne)

Sub-adulte de lamproie marine

fixée sur une alose

(Source : IAV)

 

La longue durée du stade larvaire enfoui dans les sédiments expose ces espèces aux polluants qui s'accumulent dans les zones de dépôt des cours d'eau. L'absence d'ammocètes dans des habitats favorables à leur croissance sur des bassins versants où l'espèce est présente peut témoigner de la présence de substances chimiques toxiques dans le cours d'eau. Les larves de lamproies sont à ce titre indicatrices de la qualité chimique de l'eau.

 

Le substrat optimal des ammocètes est composé de couches superposées de végétation en décomposition dans des sédiments fin sableux entre une dizaine et une vingtaine de centimètres de profondeur.

 

En mer, les lamproies se fixent sur des poissons de diverses espèces. On les retrouve sur les images de vidéo-comptage sur des aloses, des mulets, des truites de mer ou des saumons. Les migrateurs amphihalins sont des hôtes privilégiés car ce sont des poissons qui ramènent les lamproies en eau douce, lieu obligatoire de reproduction. Les poissons strictement marins sont des hôtes moins intéressants car les lamproies doivent s'en détacher pour accéder à l'eau douce.

 

Télécharger le rapport final "Flux migratoires et indices d'abondance des populations de lamproies du Scorff, de l'Oir et de la Bresle" (Source : INRA-ONEMA, 2009)

 

Régime alimentaire

 

Du fait de leurs milieux de vie très distincts, les stades successifs de développement s'alimentent différemment. Au stade larvaire, les ammocètes sont filtreuses et se nourrissent des microparticules organiques présentes dans l'eau. Le mode de vie parasite des adultes est à l'origine de leur alimentation composée exclusivement des liquides issus de la succion des tissus de leur hôte.

 

Lorsqu'ils quittent leur hôte pour atteindre les zones de frayère, les adultes ne se nourrissent plus.

 

 

Télécharger la fiche complète de description de la lamproie lamproie marine (S. Colin, 2010)

 


Références bibliographiques :

 

Les lamproies en Europe de l'Ouest (Editions Quae)

 

"Les Lamproies en Europe de l'Ouest, écophases, espèces et habitats"

Catherine Taverny et Pierre Élie

Éditions Quæ (ISBN 978-2-7592-0378-9 / ISSN 1952-2770)