Mortalité des anguilles dans les turbines hydroélectriques

Mortalité des anguilles argentées par les turbines hydroélectriques en Bretagne

Etat 2014 : picto nondefini (non défini)

Tendance récente : picto tendancend (inconnue)

Les mortalités sont évaluées à 3,3 % de la production en Bretagne (soit 9 411 anguilles argentées). 83,2 % des anguilles grandissent en aval de la 1ère turbine.

Les 10 turbines les plus impactants pour l'anguille représentent 65 % de la mortalité totale.

Consulter les données

Source : Briand et al., 2015 - Mise à jour : 06/05/2019

Le franchissement des barrages hydroélectriques est à l'origine de mortalités des anguilles argentées. Ces anguilles n'ont parfois pas d'autre issue que de passer par les turbines. Des solutions partielles ont été trouvées. Il s'agit de limiter le turbinage lors des pics de dévalaison et/ou de remplacer les installations par des turbines ichtyophiles.

 Anguille argentée blessée

Gros plan de la peau d'une anguille argentée blessée dans un turbine (FishPass)

"Le niveau de mortalité directe (lié aux turbines) est toujours très significatif, 15 à 20 % de mortalité étant fréquemment cités comme des valeurs minimales au niveau des turbines, ces valeurs étant à relativiser en fonction du pourcentage d’anguilles qui dévalent effectivement par les turbines. Aussi, le cumul de plusieurs turbines le long d’un axe peut se traduire au final par un désastre en termes d’échappement réel de géniteurs à l’échelle du bassin"

Extrait du Plan de gestion Anguille de la France

Mortalité des anguilles par les turbines hydroélectriques

Description de l'indicateur

L’estimation de la mortalité des anguilles due aux turbines hydroélectriques est issue de l’étude « Estimation de l’impact des ouvrages hydroélectriques lors de la dévalaison des anguilles et des saumons dans les turbines du bassin Loire-Bretagne ». Cette étude avait pour objectifs de :

  • estimer la production des cours d’eau en smolts et en anguilles argentées (respectivement saumons et anguilles prêts à dévaler vers la mer),
  • rassembler le plus d’informations sur les caractéristiques des turbines (turbine en service, vitesse de rotation, diamètre des pales, puissance turbinée, etc.) et mettre en place une base de données Loire-Bretagne sur les ouvrages hydroélectriques compatible avec le ROE (référentiel des ouvrages à l’écoulement),
  • modéliser la part de poissons transitant par les turbines ainsi que la mortalité subie dans les turbines à l’échelle du bassin Loire-Bretagne.
Méthode de calcul
Estimation du flux d’anguilles argentées

Afin d’estimer les mortalités induites par les ouvrages hydroélectriques, il est nécessaire de connaitre le nombre de poissons situés en amont de chaque ouvrage. Cette donnée est obtenue à partir du modèle Eel Density Analysis (EDA version 2.1) qui est utilisé dans le cadre du rapportage européen sur l’anguille et qui se base sur le RHT. Les productions d’anguilles argentées sont prédites en faisant l’hypothèse qu’une population d’anguilles jaunes produit annuellement 5% de son effectif en anguilles argentées.

Pour l’année 2012, le modèle EDA estime une production de 167 milliers d’anguilles argentées sur les cours d'eau bretons.

Construction d’une base de données sur les ouvrages hydroélectriques

Une fois les productions des cours d’eau estimées, il est nécessaire de disposer d’informations les plus précises possibles sur les caractéristiques des ouvrages hydroélectriques. Pour ce faire, nous avons récupéré l’extraction du Référentiel des Obstacles à l’Ecoulement (ROE) de mai 2014 sur le bassin Loire-Bretagne. Cette base de données présente les données référentielles des ouvrages (géolocalisation, nom, etc.) mais ne possède pas encore de données attributaires (notamment caractéristiques des ouvrages). Ainsi, nous avons lancé une enquête à l’échelle du bassin Loire-Bretagne et à destination des services départementaux de l’AFB afin de récupérer ces informations.

En Loire-Bretagne, sur les 749 ouvrages référencés dans le ROE en « Energie et hydroélectricité », nous avons pu obtenir des informations (complètes ou partielles) sur 387 d’entre eux (soit 51,7%).

Modélisation des mortalités dans les turbines

La mortalité au niveau des ouvrages varie en fonction de la prise d’eau, de l’importance du débit turbiné, des types de turbines et de leurs caractéristiques. Les turbines les plus fréquentes en Bretagne et sur le bassin de la Loire sont de types Francis et Kaplan.

La structure en taille des anguilles est considérée dans le calcul de la mortalité moyenne par turbine. Pour chaque ouvrage, la répartition en classe de taille des anguilles argentées est calculée à partir de la distribution en classes de tailles obtenue en pêche électrique sur la période 2009 à 2011. La structure en taille de la population dévalante est calculée pour différentes classes de distance à la mer. La mortalité est ensuite calculée en faisant la moyenne pondérée des mortalités par classes de tailles.

Pour les anguilles argentées, les mortalités dans les turbines sont en moyenne de 46% pour les Kaplan et de 89% pour les Francis. La moyenne des mortalités des turbines (71%) a été prise comme référence pour les turbines dont le type n’était pas identifié.

Le croisement des données de mortalité et de production pour chaque espèce donne les niveaux de mortalité pour différents scénarios.

Résultats

Les mortalités sont évaluées à 3,3 % de la production en Bretagne (soit 9 411 anguilles argentées). A titre de comparaison, elles ont été estimées à 3,1 % en Loire.

Pour l’anguille, l’aménagement des dix ouvrages les plus impactants permettrait également un gain non négligeable en terme de réduction du pourcentage de mortalité dû aux turbines, avec un gain en nombre d’anguilles argentées qui serait de 83,2 % (dans la situation actuelle).

Pour télécharger le rapport d'étude "Mortalité cumulée des saumons et des anguilles dans les turbines du bassin Loire-Bretagne"

Cédric Briand , Marion Legrand , Pierre-Marie Chapon, Laurent Beaulaton, Gaëlle Germis, Marie-Andrée Arago, Timothée Besse, Laura De Canet, Pierre Steinbach

L’effet des barrages sur la mortalité en dévalaison est simulé à l’aide de modèles de répartition et de mortalité dans les ouvrages hydroélectriques à l’échelle de Loire-Bretagne (155 000 Km2).